Du XIXe siècle jusqu'à la disparition des dernières sécheries, Bègles fut l'une des capitales françaises de la morue. Voici pourquoi nous nous sommes constitués pour en préserver la trace.
Bègles fut, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, l'un des grands centres de séchage et de traitement de la morue en France. Les navires terre-neuvas de l'estuaire rapportaient dans leurs cales la morue salée pêchée sur les bancs de Terre-Neuve et d'Islande ; à Bègles, les sécheries prenaient le relais, transformant le poisson brut en un produit de longue conservation distribué jusqu'aux marchés parisiens et coloniaux.
Au plus fort de l'activité, dans les décennies 1880–1930, on dénombrait plus d'une vingtaine d'établissements actifs, certains employant plusieurs centaines de personnes sur quelques hectares de quais. Cette industrie — longtemps ignorée des grands récits régionaux — a façonné le tissu social, économique et culturel d'une ville entière.
Les anciens quais de chargement de Bègles. Un bénévole confronte photographies d'archives et paysage présent.
La main-d'œuvre des sécheries était en grande majorité féminine. Ces ouvrières — surnommées localement les « moruières » — accomplissaient un travail épuisant et précis : dessalage, séchage sur clayettes en plein air, tri selon les calibres, contrôle de l'humidité résiduelle, emballage. Leur savoir-faire, transmis de mère en fille dans certaines familles béglaises, constituait un véritable métier reconnu, même s'il reste peu documenté dans les archives officielles.
Recueillir leurs voix, celles de leurs enfants et de leurs petits-enfants, est l'une de nos missions les plus urgentes et les plus fondamentales. Chaque témoignage collecté est un fragment d'un manuel invisible que les sécheries n'ont jamais écrit — et que nous nous efforçons de reconstituer avant que les derniers détenteurs de cette mémoire ne disparaissent.
Depuis sa fondation, le groupe local de Bègles s'attache à croiser les sources disponibles : archives municipales et départementales, photographies de famille, plans d'usines, registres du travail, cahiers de comptes, témoignages oraux. Ce travail pluridisciplinaire nous permet de proposer des contenus fiables, nuancés et accessibles, en lien étroit avec les institutions culturelles locales — médiathèques, service des archives de Bordeaux Métropole, associations d'histoire du travail.
Ce qui a commencé par quelques entretiens informels dans des salons de Bègles s'est rapidement structuré en un projet associatif cohérent, porté par l'envie commune de rendre visible une histoire longtemps considérée comme mineure.
Notre histoire fondatrice
Le groupe local de Bègles est né d'une rencontre simple : celle d'un groupe d'habitants, d'anciens ouvriers et d'historiens amateurs qui ont pris conscience, au tournant des années 2000, que la génération ayant directement travaillé dans les sécheries vieillissait rapidement et que leurs souvenirs risquaient de disparaître sans laisser de trace.
Ce qui a commencé par quelques entretiens informels dans des salons de Bègles s'est rapidement structuré en un projet associatif cohérent, porté par l'envie commune de rendre visible une histoire longtemps considérée comme « mineure » parce que populaire et ouvrière, parce que portée par des femmes, parce qu'elle sentait le quai et non le château.
Adossé à la Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin, le groupe a progressivement développé ses outils : une base documentaire rigoureuse, un fonds d'archives photographiques et sonores, un programme d'expositions et de visites guidées ouvertes à tous. Chaque étape a été guidée par le même principe : travailler avec la rigueur des historiens, mais rester profondément ancré dans la communauté béglaise — parce que cette histoire appartient d'abord aux habitants qui la portent dans leur mémoire familiale, et que sans eux, elle n'existe pas.
La Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin — Groupe local de Bègles a pour mission de faire connaître, de documenter et de transmettre la mémoire industrielle et ouvrière des sécheries de morue béglaises, composante essentielle de l'histoire maritime et sociale de l'estuaire girondin. Nous collectons les témoignages des acteurs directs et de leurs familles, constituons des archives vivantes accessibles à tous, organisons des expositions et des visites commentées sur les anciens sites portuaires, et développons des actions pédagogiques à destination des scolaires comme du grand public.
En préservant ce patrimoine immatériel et en le restituant à la communauté dont il est issu, nous contribuons à la connaissance de l'histoire du travail, à la valorisation d'une identité locale trop souvent négligée, et à la transmission d'une fierté collective méritée.
Notre association est animée par des bénévoles passionnés — historiens amateurs, descendants de familles moruières, enseignants, archivistes retraités et habitants du territoire — réunis autour d'un conseil d'administration élu en assemblée générale. Les décisions sont prises collégialement, dans le respect des principes d'une association loi 1901 à but entièrement non lucratif. Nous travaillons en étroite collaboration avec la fédération régionale de la Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin et entretenons des partenariats actifs avec les services d'archives, les médiathèques et les établissements scolaires de Bègles et de Bordeaux Métropole.
Marie-Hélène Courtois
Présidente
Bernard Lacroix
Trésorier
Françoise Dufau-Castaing
Secrétaire — responsable archives